Mutuelle du kiné libéral : ce qui change quand on quitte le salariat

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Quand une kinésithérapeute quitte le salariat pour s’installer, sa complémentaire santé ne la suit pas. Elle s’arrête avec le contrat de travail, et la portabilité ne joue pas dans tous les cas, contrairement à ce qu’on lit un peu partout. Cette page répond à trois questions, dans cet ordre : ce que vous perdez exactement en vous installant, ce qui est déductible de votre bénéfice et ce qui ne l’est pas selon votre régime fiscal, et ce qu’un kiné libéral a intérêt à regarder dans un contrat. Elle s’adresse au professionnel qui choisit sa propre complémentaire santé, pas au patient qui cherche le remboursement de ses séances.

L’essentiel, en cinq points

  • La complémentaire santé de votre employeur s’arrête avec votre contrat de travail. Il vous faut un contrat individuel qui prend effet le jour même, pas dans les semaines qui suivent. (service-public.fr)
  • La portabilité suppose une rupture ouvrant droit à une prise en charge par l’Assurance chômage. Une démission ordinaire n’y donne pas droit, sauf passage par le dispositif de démission pour reconversion. (service-public.fr)
  • Passer en libéral ne change pas votre régime obligatoire : le kinésithérapeute conventionné reste rattaché au régime général et ses frais de santé sont remboursés comme ceux d’un salarié. (ameli.fr)
  • Au régime réel, la cotisation est déductible dans un plafond partagé avec la prévoyance : 3,75 % du bénéfice plus 7 % du plafond annuel de la sécurité sociale. (legifrance.gouv.fr)
  • En micro-BNC, l’abattement forfaitaire de 34 % remplace toute déduction de charges : choisir un contrat pour son avantage fiscal n’a aucun sens. (urssaf.fr)

Sommaire

Le kiné libéral n'a plus de mutuelle d'entreprise, et souvent pas de portabilité

Tant que vous êtes salarié, votre employeur a l’obligation de vous proposer une complémentaire santé collective, d’en financer au moins la moitié et de couvrir un socle minimum de garanties. Vous ne voyez qu’une ligne sur votre bulletin de paie, et elle ne représente qu’une part du coût réel.

Le jour où le contrat de travail prend fin, l’affiliation s’arrête. Il existe un mécanisme de maintien gratuit, la portabilité, mais il suppose trois conditions cumulatives : avoir effectivement adhéré à la couverture de l’entreprise, que la rupture du contrat soit intervenue pour un motif autre que la faute lourde, et que cette cessation ouvre droit à une prise en charge par l’Assurance chômage. La durée du maintien correspond à celle du dernier contrat de travail, dans la limite de douze mois.

C’est la troisième condition qui bloque. Une démission ordinaire n’ouvre pas de droit au chômage, donc pas de portabilité. Un kinésithérapeute salarié qui pose sa démission pour ouvrir son cabinet sort du dispositif, alors qu’une rupture conventionnelle, une fin de CDD ou un licenciement hors faute lourde y donnent accès. C’est la situation la plus fréquente, et c’est rarement dit.

Il existe une exception réelle, et elle vise précisément les créateurs d’entreprise : le dispositif de démission pour projet de reconversion professionnelle, ouvert depuis le 1er novembre 2019. Il suppose d’être en CDI, de justifier d’au moins 1 300 jours d’activité salariée continue sur les 60 mois précédant la fin du contrat, de solliciter un conseil en évolution professionnelle avant de démissionner, de faire attester le caractère réel et sérieux du projet par la commission paritaire interprofessionnelle régionale, puis de s’inscrire comme demandeur d’emploi dans les six mois suivant cette validation. Un projet de création ou de reprise d’entreprise fait partie des projets éligibles. L’ordre des étapes n’est pas négociable : une démission posée avant la validation fait tomber le droit.

La conséquence pratique est simple. Sauf à entrer dans un de ces cas, il faut un contrat individuel qui prend effet le jour où le contrat de travail s’arrête, pas dans les semaines qui suivent. C’est un point à traiter au même moment que les autres démarches quand vous préparez votre s’installer en kinésithérapie libérale.

Dernière chose pour celles et ceux qui bénéficient bien de la portabilité : à son terme, l’organisme assureur doit vous adresser une proposition de maintien à titre individuel, au plus tard deux mois après la fin du dispositif, et la demande se fait dans les six mois. Les tarifs d’un contrat individuel n’ont rien à voir avec ceux d’un contrat collectif, il vaut mieux le savoir avant l’échéance.

Ce que rembourse l'assurance maladie obligatoire , et ce qu'elle laisse

Premier point qui surprend beaucoup de kinésithérapeutes libérales : passer en libéral ne change pas votre régime obligatoire. Le masseur-kinésithérapeute conventionné relève du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés, rattaché au régime général. Vos frais de santé sont remboursés dans les mêmes conditions et aux mêmes taux qu’un salarié.
Ce qui change, ce n’est pas le premier étage, c’est le second : plus personne ne paie la moitié de votre complémentaire.

Le régime obligatoire ne rembourse jamais la totalité. Il applique un taux à une base de remboursement, et la différence reste à votre charge : c’est le ticket modérateur. Pour une consultation chez un médecin généraliste conventionné de secteur 1 au tarif de 30 €, l’Assurance Maladie rembourse 70 %, soit 21 €, dont elle retire 2 € de participation forfaitaire. Vous percevez 19 €, et il vous reste 11 € à charge sur une consultation banale.

À ce ticket modérateur s’ajoutent deux prélèvements forfaitaires, que ni le régime obligatoire ni un contrat responsable ne remboursent :

Prélèvement Montant Plafond journalier Plafond annuel
Participation forfaitaire (consultation ou acte médical, radiologie, biologie) 2 € 8 € par jour et par professionnel 50 €
Franchise sur les médicaments 1 € par boîte aucun 50 € (tous types de franchises confondus)
Franchise sur les actes paramédicaux 1 € par acte 4 € par jour 50 € (tous types de franchises confondus)
Franchise sur les transports sanitaires 4 € par trajet 8 € par jour 50 € (tous types de franchises confondus)

Montants en vigueur relevés sur ameli.fr, page mise à jour le 19 décembre 2025.

Restent les dépassements d’honoraires, c’est-à-dire tout ce qu’un praticien facture au delà du tarif conventionnel. Le régime obligatoire ne les prend pas en charge du tout. Sur certains postes, ils représentent l’essentiel de la facture, et c’est là que l’écart entre deux contrats se joue vraiment.

La complémentaire santé couvre vos frais de soins, pas votre revenu. Ce sont deux contrats distincts : voyez la prévoyance du kiné libéral pour la perte de revenus, et le calcul de votre indemnité journalière pour les montants du régime obligatoire.

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  • Aucune souscription engagée à ce stade
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ADENOR Courtage, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 15004082, sous le contrôle de l'ACPR.

Déductible ou pas : la question du régime fiscal

C’est le point sur lequel le plus d’erreurs se commettent, et il ne dépend pas du contrat : il dépend de votre régime fiscal.

Si vous relevez du régime réel, c’est à dire de la déclaration contrôlée, l’article 154 bis du Code général des impôts vous permet de déduire de votre bénéfice non commercial les cotisations versées à un contrat de complémentaire santé entrant dans ce cadre. La déduction n’est pas illimitée. L’enveloppe se calcule ainsi : 3,75 % du bénéfice imposable, augmentés de 7 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, le total ne pouvant excéder 3 % de huit fois ce plafond.
Avec un PASS fixé à 48 060 € pour 2026, cela donne un socle de 3 364,20 € accessible quel que soit le bénéfice, et un maximum absolu de 11 534,40 €.

Deux précisions qui changent le calcul. D’abord, cette enveloppe est commune à la complémentaire santé et à la prévoyance : les deux cotisations s’imputent sur le même plafond, elles ne s’additionnent pas dans deux enveloppes distinctes. Ensuite, la déduction suppose d’être à jour de ses cotisations obligatoires d’assurance maladie et vieillesse, et que le contrat réponde aux conditions du cadre légal.

Si vous relevez du micro-BNC, la logique est inverse.
Votre bénéfice imposable est déterminé en appliquant à vos recettes encaissées un abattement forfaitaire de 34 %, avec un minimum de 305 €. Cet abattement est censé représenter l’ensemble de vos charges professionnelles.
Il est automatique, forfaitaire, et il se substitue à toute déduction de frais réels. Vous ne déduisez donc pas votre cotisation de complémentaire santé en plus de l’abattement. Le régime s’applique tant que vos recettes ne dépassent pas 83 600 €, seuil valable pour 2026, 2027 et 2028.

  Déclaration contrôlée (régime réel) Micro-BNC
Cotisation santé déductible ? Oui, dans un plafond Non, l’abattement de 34 % remplace toute déduction de charges
Calcul du plafond 2026 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS, dans la limite de 3 % de 8 PASS sans objet
Montants 2026 (PASS 48 060 €) socle de 3 364,20 €, maximum de 11 534,40 € sans objet
Enveloppe partagée avec la prévoyance ? Oui, plafond commun sans objet
La conclusion pratique tient en une phrase. En micro-BNC, choisir un contrat pour sa déductibilité n’a aucun sens : vous ne déduirez rien de plus. Le seul critère qui compte est le rapport entre les garanties et le prix. C’est la situation la plus courante chez les kinésithérapeutes remplaçants et en début d’activité, et c’est exactement l’inverse de ce que raconte une bonne partie des contenus en ligne. Si vous êtes au réel, le raisonnement s’inverse : l’avantage fiscal est réel, mais il est plafonné et il se partage avec votre contrat de prévoyance, qui consomme souvent l’essentiel de l’enveloppe. Regardez ce qu’il reste avant de raisonner sur la santé.

Pour situer la mutuelle parmi vos autres contrats, dont la responsabilité civile professionnelle obligatoire, consultez le panorama des assurances du kiné libéral.

Ce qu'un kiné a intérêt à regarder dans un contrat

Un kinésithérapeute libéral travaille debout, en charge, avec les mains, souvent seul, parfois au domicile des patients. Rachis, épaules, poignets. Les postes de dépense qui comptent pour vous ne sont pas ceux d’un professionnel assis, et les recours que vous mobilisez pour votre propre corps relèvent fréquemment de ce que le régime obligatoire rembourse le moins bien, quand il le rembourse.

Ce qui suit n’est pas une liste de garanties : aucun contrat ne couvre automatiquement ces postes. Ce sont les lignes à aller lire, dans cet ordre, avant de comparer deux devis.

  • Hospitalisation et chambre particulière. Selon les contrats, la prise en charge de la chambre particulière est forfaitaire, plafonnée en nombre de jours, ou absente. Un geste programmé sur une épaule ou un poignet met cette ligne en première position.
  • Dentaire et optique. Ce sont les postes où les dépassements et les tarifs libres pèsent le plus lourd. Vérifiez ce qui est couvert au delà du panier 100 % santé, et selon quel mode de calcul.
  • Médecines dites douces et soins de support. Ostéopathie, podologie, accompagnement psychologique : selon les contrats, il s’agit d’un forfait annuel en euros, d’un nombre de séances, ou de rien du tout. C’est la ligne la plus souvent survendue et la plus rarement lue.
  • Délais d’attente à la souscription. Certains contrats n’ouvrent certaines garanties qu’après plusieurs mois d’adhésion. À vérifier dans vos conditions particulières, surtout si vous souscrivez avec un besoin déjà identifié.
  • Périmètre du réseau de soins et modalités de tiers payant. Deux contrats affichant le même niveau de remboursement peuvent se comporter très différemment selon le praticien consulté.


Deux notions reviennent partout et méritent d’être posées.
Un contrat responsable respecte un cahier des charges réglementaire : il ne module pas la cotisation selon l’état de santé, il couvre un socle minimum, et il prend en charge le panier 100 % santé.
Ce panier 100 % santé désigne un ensemble d’équipements en optique, en dentaire et en audiologie intégralement remboursés par l’action combinée du régime obligatoire et de la complémentaire, à condition de disposer d’un contrat responsable et de choisir un équipement appartenant au panier. Hors de ce périmètre, le reste à charge dépend entièrement des garanties souscrites.

Enfin, la sortie. L’article L. 113-15-2 du Code des assurances ouvre une faculté de résiliation infra-annuelle : passé un délai d’un an à compter de la première souscription, le contrat peut être résilié à tout moment, sans frais ni pénalités, la résiliation prenant effet un mois après sa notification. Le texte vise les contrats couvrant les personnes physiques en dehors de leur activité professionnelle, ce qui rend son application discutable pour un contrat souscrit dans un cadre professionnel : faites vous confirmer par écrit ce que prévoit votre contrat avant de compter dessus.

Mutuelle et prévoyance ne font pas le même travail

La confusion est massive et elle coûte cher. La complémentaire santé rembourse des soins : consultations, hospitalisation, dentaire, optique. Elle intervient sur des factures que vous avez payées. Elle ne vous verse rien lorsque vous ne travaillez pas.

La prévoyance fait l’inverse : elle ne rembourse aucun soin, elle remplace un revenu qui ne rentre plus. Les deux produits sont indépendants, se souscrivent séparément, et un kinésithérapeute libéral bien couvert en santé peut être totalement découvert sur son revenu. Ces deux cotisations partagent en revanche la même enveloppe de déduction fiscale au réel, ce qui est une raison de plus de les regarder ensemble.

Le sujet est traité en détail sur notre page consacrée à la prévoyance du kinésithérapeute libéral.

Les autres assurances du kiné libéral

Votre exercice engage aussi la responsabilité civile professionnelle du kiné, qui relève d’un contrat distinct.

Si vous disposez d’un cabinet, le local, le matériel et son contenu font l’objet d’une couverture à part.

Pour une vue d’ensemble, consultez notre page sur les assurances du kinésithérapeute libéral. Si vous exercez une autre profession de santé, notre page sur la complémentaire santé des professions libérales de santé traite le sujet dans son ensemble.

Les questions que se posent les kinés libéraux sur leur mutuelle

Un kinésithérapeute libéral est-il obligé d'avoir une mutuelle ?

Non.
L’obligation de couverture pèse sur les employeurs, pas sur les travailleurs indépendants. Un kinésithérapeute libéral n’a aucune obligation légale de souscrire une complémentaire santé. C’est précisément ce qui rend le sujet facile à repousser au moment de l’installation, alors que le régime obligatoire laisse à votre charge le ticket modérateur, les participations forfaitaires, les franchises et l’intégralité des dépassements d’honoraires.

Seulement si la fin de votre contrat de travail ouvre droit à une prise en charge par l’Assurance chômage. Une rupture conventionnelle, une fin de CDD ou un licenciement hors faute lourde le permettent, dans la limite de douze mois et gratuitement. Une démission ordinaire, non. Reste le dispositif de démission pour projet de reconversion, qui couvre les projets de création d’entreprise mais suppose de solliciter un conseil en évolution professionnelle avant de poser sa démission.

Quatre familles de paramètres, sans ordre d’importance universel : votre âge et votre lieu de résidence, le niveau de garanties poste par poste que vous retenez, le nombre de personnes rattachées au contrat, et les options ajoutées au socle. Un écart de prix entre deux devis ne dit rien tant qu’on n’a pas mis les garanties en face, poste par poste, y compris les plafonds et les délais d’attente. C’est le travail d’un courtier, et c’est ce que nous faisons avant de vous présenter quoi que ce soit.

Non. Le régime micro-BNC détermine votre bénéfice en appliquant à vos recettes un abattement forfaitaire de 34 %, censé représenter l’ensemble de vos charges professionnelles. Cet abattement se substitue à toute déduction de frais réels, donc vous ne déduisez rien en plus, complémentaire santé comprise. Vous restez évidemment libre de souscrire, mais choisissez sur les garanties et le prix, pas sur un avantage fiscal que vous n’aurez pas.

En lisant les mêmes lignes dans les deux, dans le même ordre : hospitalisation et chambre particulière, dentaire, optique, médecines dites douces et soins de support, délais d’attente à la souscription, conditions de résiliation. Les niveaux affichés en pourcentage ne sont comparables que si la base de calcul est la même, ce qui n’est pas toujours le cas. Et vérifiez toujours dans vos conditions particulières ce qui est réellement couvert : deux contrats au même prix peuvent se comporter très différemment sur le poste qui vous concerne.

Le Code des assurances prévoit une faculté de résiliation à tout moment passé un an à compter de la première souscription, sans frais ni pénalités, avec effet un mois après notification. Le texte vise les contrats couvrant les personnes physiques en dehors de leur activité professionnelle, ce qui rend son application discutable pour un contrat souscrit dans un cadre professionnel. Faites vous confirmer par écrit ce que prévoit votre contrat avant de compter dessus.

Vincent Legac, gérant d'ADENOR Courtage

Rédigé et validé par

Vincent Legac

Gérant d’ADENOR Courtage, courtier en assurance immatriculé à l’ORIAS sous le n° 15004082, sous le contrôle de l’ACPR.

Courtier depuis 2015, spécialisé dans la protection des professionnels de santé libéraux : responsabilité civile professionnelle, prévoyance, mutuelle et retraite.

Immatriculation vérifiable sur orias.fr.

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  • Aucune souscription engagée à ce stade
  • Un interlocuteur unique, pas un centre d'appel
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