Une infirmière libérale qui a exercé 35 ans en dégageant 4 000 € par mois avant cotisations touche environ 1 355 € brut par mois, ASV comprise. Avec 25 ans d’exercice à 2 500 € par mois, on tombe à environ 650 €. Rapportée au revenu réellement disponible une fois les cotisations payées, la pension représente entre 35 % et 51 % selon le profil. Autrement dit, la moitié du niveau de vie disparaît le jour du départ.
Ces montants ne sortent pas d’une moyenne nationale. Ils sont recalculés à partir des paramètres officiels 2026 : plafond annuel de la Sécurité sociale à 48 060 €, valeur du point de base à 0,6599 €, valeur du point complémentaire à 21,48 €, valeur du point ASV à 1,50 €. Le simulateur plus bas fait le calcul sur votre situation, la méthode est détaillée sous le tableau.
Sommaire
Les trois étages de la d'une IDEL retraite pour les IDEL
Un infirmier libéral ne cotise pas à un régime, mais à trois. Ils s’additionnent, et ils n’obéissent pas aux mêmes règles.
Étage 1, la retraite de base. C’est le régime commun à toutes les professions libérales, piloté par la CNAVPL, encaissé et versé par la CARPIMKO. En 2026, vous cotisez 8,73 % de votre revenu jusqu’à 48 060 €, puis 1,87 % au-delà jusqu’à 240 300 €. Contrairement à ce qu’on lit souvent, c’est cet étage qui pèse le plus lourd dans la pension finale d’une IDEL : environ 60 % du total.
Étage 2, la retraite complémentaire CARPIMKO. C’est l’étage qui vous coûte le plus cher chaque année, et il a changé de logique au 1er janvier 2026. Jusqu’en 2025, vous payiez une cotisation forfaitaire de 2 312 € qui vous donnait 8 points automatiques, plus une cotisation proportionnelle de 3 % qui pouvait en ajouter 22 au maximum. Depuis 2026, le forfait a disparu : la cotisation est de 8,70 % de votre revenu, sur une assiette comprise entre 24 030 € et 144 180 €, et les points sont attribués au prorata de ce que vous versez.
Étage 3, l’ASV. C’est celui dont personne ne parle, et c’est le seul que vous pouvez perdre par un choix d’installation. L’avantage social vieillesse est réservé aux infirmières et infirmiers conventionnés avec l’Assurance Maladie. Deux tiers de la cotisation sont payés par la CPAM, pas par vous. Concrètement, c’est de la retraite offerte en échange du conventionnement.
Ce que ça implique, et c’est le point que je vois mal compris sur le terrain : si vous vous installez ou basculez en secteur non conventionné, vous cessez d’acquérir des points ASV à partir de cette date. Les points déjà acquis vous restent définitivement, ils vous seront versés à la liquidation. Ce n’est donc pas une perte rétroactive, c’est un robinet qu’on ferme. Sur une carrière, l’écart entre une IDEL conventionnée toute sa vie et une IDEL déconventionnée à mi-parcours se compte en centaines d’euros par an de pension.
Pour les autres étapes de votre carrière, consultez notre sommaire des guides IDEL.
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- Aucune souscription engagée à ce stade
- Un interlocuteur unique, pas un centre d'appel
- Plusieurs compagnies interrogées, pas une seule
ADENOR Courtage, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 15004082, sous le contrôle de l'ACPR.
Comment le montant se calcule exactement
Les trois régimes fonctionnent en points, avec la même formule :
Pension annuelle = nombre de points acquis × valeur du point × taux de liquidation
Le taux de liquidation vaut 100 % si vous avez vos trimestres. Sinon, il baisse de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres, soit 25 % de décote maximum.
Le nombre de points, lui, dépend de ce que vous avez cotisé :
- Base : la cotisation maximale sur la première tranche donne 525 points par an (557 depuis 2025), la seconde tranche 25 points. Si votre revenu vaut 80 % du plafond de la Sécurité sociale, vous prenez 80 % des points de première tranche.
- Complémentaire, pour les années 1996 à 2025 : 8 points au titre du forfait, plus 22 points maximum au titre de la part proportionnelle. Ces chiffres sont inscrits noir sur blanc dans les statuts modifiés par l’arrêté du 14 novembre 2025.
- Complémentaire, à partir de 2026 : plus de points automatiques. Le nombre de points s’obtient en divisant votre cotisation par le coût d’acquisition d’un point.
Un exemple déroulé de bout en bout.
Karine, infirmière libérale conventionnée, 32 ans d’exercice, 3 750 € par mois avant cotisations, soit 45 000 € par an de revenu brut social.
Son assiette sociale est donc de 33 300 € par an, après l’abattement de 26 %.
Retraite de base :
33 300 € représentent 69 % du plafond, donc 363,7 points de première tranche, plus 3,5 points de seconde tranche, soit 367 points par an.
Sur 32 ans : 11 750 points. Multipliés par 0,6599 €, ça donne 7 754 € par an, soit 646 € par mois.
Retraite complémentaire :
Sa cotisation est de 8,70 % sur 33 300 €, soit 2 897 €, contre 12 544 € pour quelqu’un qui cotise au plafond. Elle acquiert donc 23 % des points, soit 6,9 points par an.
Sur 32 ans : 222 points. Multipliés par 21,48 €, ça donne 4 764 €par an, soit 397 € par mois.ASV. 31 points par an, soit 989 points sur la carrière, valorisés à 1,50 €, soit 124 € par mois.
C’est peu en apparence, mais les deux tiers de cette cotisation ont été payés par l’Assurance Maladie, pas par Karine.
Total : 1 167 € brut par mois. Karine vivait avec environ 2 775 € par mois une fois ses cotisations payées. Sa pension représente 42 % de ce montant.
Il lui manque 1 608 € par mois.
Combien vous toucherez selon votre profil
| Revenu mensuel avant cotisations | Durée d'exercice | Base | Complémentaire | ASV | Total mensuel brut | Part du revenu net de cotisations |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2 500 € | 25 ans | 337 € | 224 € | 90 € | 650 € | 35 % |
| 3 300 € | 30 ans | 533 € | 327 € | 113 € | 975 € | 40 % |
| 4 000 € | 35 ans | 754 € | 463 € | 137 € | 1 355 € | 46 % |
| 5 000 € | 40 ans | 1 077 € | 661 € | 165 € | 1 905 € | 51 % |
Méthode. Montants bruts mensuels, avant CSG, CRDS, CASA et impôt, pour un exercice conventionné sans interruption et un départ au taux plein. Le revenu indiqué est le revenu brut social, c'est-à-dire ce qu'il vous reste une fois vos frais professionnels payés mais avant vos cotisations. L'assiette de cotisation correspond à ce revenu diminué de l'abattement de 26 % applicable depuis 2026. Points de base calculés au prorata de la cotisation maximale (525 points en première tranche, 25 en seconde), valorisés à 0,6599 €. Points complémentaires selon le barème proportionnel en vigueur depuis le 1er janvier 2026, valorisés à 21,48 €. Points ASV valorisés à 1,50 €. La dernière colonne compare la pension au revenu réellement disponible une fois les cotisations payées, et non au revenu avant cotisations. Ce sont des ordres de grandeur, pas une simulation personnalisée. Seul votre relevé de points CARPIMKO fait foi.
Estimez votre retraite CARPIMKO
Six informations suffisent pour obtenir une estimation de votre pension et mesurer l’écart avec vos revenus d’aujourd’hui.
Première année de cotisation à la CARPIMKO.
Avant vos cotisations et vos impôts. C’est ce que la CARPIMKO appelle le revenu brut social depuis 2026. Le montant exact figure sur votre déclaration 2035.
Pension mensuelle brute estimée
0 €
soit 0 % de vos revenus actuels
| Retraite de base | 0 € |
|---|---|
| Retraite complémentaire | 0 € |
| ASV (conventionnés) | 0 € |
| Total mensuel brut | 0 € |
Cet écart se prépare pendant la carrière, pas au moment du départ. Faisons le point sur votre situation.
Estimation indicative et non contractuelle, fournie à titre pédagogique. Depuis 2026 les cotisations sont assises sur l’assiette sociale, égale au revenu brut social diminué d’un abattement de 26 %. Cet abattement représente la part des cotisations : c’est pourquoi la comparaison est faite entre votre pension brute et votre revenu net de cotisations, et non votre revenu avant cotisations. Le calcul repose sur un revenu constant sur toute la carrière et sur les valeurs de point en vigueur au 1er janvier 2026, qui évoluent chaque année. Montants bruts, avant CSG, CRDS, CASA et impôt sur le revenu. Seule la CARPIMKO peut vous communiquer vos droits réels : consultez votre relevé de points sur votre espace personnel. Paramètres à jour au 1er janvier 2026.
L'écart à combler, et ce qu'il coûte
Reprenons Karine.
2 775 € de revenu disponible par mois pendant sa carrière, 1 167 € de pension.
Il manque 1 608 € par mois.
Ce n’est pas un chiffre d’épouvante : c’est la conséquence arithmétique d’un système où la pension se construit sur une assiette plafonnée, quand votre niveau de vie, lui, ne l’est pas.
La vraie question n’est pas de savoir si l’écart existe, il existe pour tout le monde en libéral. La vraie question est ce qu’il faut mettre de côté, et à partir de quand.
Voici le calcul le plus honnête possible, sans aucune hypothèse de rendement. Personne ne peut vous garantir un rendement, donc je n’en mets pas dans le calcul. C’est de l’arithmétique brute : combien faut-il épargner par mois pour se verser 1 000 € par mois pendant 20 ans de retraite, soit 240 000 € à constituer.
| Vous commencez à | Années d'épargne avant 65 ans | Effort mensuel pour 1 000 €/mois de rente pendant 20 ans |
|---|---|---|
| 35 ans | 30 ans | 667 € |
| 45 ans | 20 ans | 1 000 € |
| 55 ans | 10 ans | 2 000 € |
Calcul sans hypothèse de rendement ni revalorisation : 240 000 € divisés par le nombre de mois d'épargne. Tout rendement obtenu vient réduire ces montants. Ces chiffres n'intègrent ni la fiscalité, ni la déductibilité des versements sur un contrat retraite, qui réduit le coût réel pour un professionnel imposé au BNC.
Ce tableau dit une seule chose, et elle est désagréable : le coût du retard est linéaire. Attendre dix ans, ce n’est pas payer un peu plus cher, c’est payer une fois et demie plus cher. Attendre vingt ans, c’est payer trois fois plus cher.
C’est aussi pour ça que la question du conventionnement, tranchée au moment de l’installation, mérite d’être regardée à travers ce prisme et pas seulement à travers celui du chiffre d’affaires. Si vous en êtes à ce stade, notre guide d’installation en infirmier libéral revient sur les arbitrages de départ.
Ce qui fait vraiment bouger votre pension
Les interruptions de carrière. Chaque année non cotisée est une année sans points, dans les trois régimes. Une nuance que peu de monde connaît : le trimestre civil au cours duquel survient un accouchement donne droit à 100 points supplémentaires sur le régime de base. Ce n’est pas automatique dans les esprits, mais ça l’est dans les textes.
Les interruptions subies. Une interruption d’exercice ne vient pas toujours d’un choix. Une sanction disciplinaire prononcée après une réclamation de patient suspend votre activité, donc vos recettes et vos points, sur les trois régimes en même temps. C’est un risque que la plupart des IDEL découvrent au moment où il se réalise. Nous avons détaillé les décisions rendues et ce que couvre une RCP d’infirmier libéral.
Les années à revenu faible. Les points de base sont strictement proportionnels au revenu. Une année à 20 000 € de bénéfice rapporte moins de la moitié des points d’une année à 45 000 €. Sur la complémentaire en revanche, jusqu’en 2025, les 8 points forfaitaires tombaient quel que soit le revenu. Depuis 2026, ce filet a disparu : les petites années rapportent désormais peu, mais coûtent moins cher.
Le passage en secteur non conventionné. Vous arrêtez d’acquérir des points ASV. Les points déjà acquis restent acquis.
Le rachat de trimestres. Il est possible pour les années d’études supérieures et les années incomplètes. Le versement peut être échelonné sur 1, 3 ou 5 ans. Un rachat n’a d’intérêt que s’il vous fait passer un seuil de décote, jamais « pour le principe ». À vérifier avec votre relevé de carrière en main.
Les enfants. Une majoration de 10 % de la pension est accordée à partir de trois enfants, au père comme à la mère, pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2023.
Questions fréquentes
À quel âge une infirmière libérale peut-elle partir à la retraite ?
L’âge légal dépend de votre année de naissance. Il monte progressivement vers 64 ans pour les générations nées à partir de 1969, avec 172 trimestres requis pour le taux plein.
Attention, un changement récent est mal répercuté sur la plupart des sites : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu une partie du calendrier de la réforme de 2023.
Pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, les générations 1964 à 1968 partent 3 à 6 mois plus tôt que prévu, et les générations 1964 et 1965 ont besoin d’un à deux trimestres de moins.
Si vous êtes née entre 1964 et 1968, vérifiez votre date de départ, elle a probablement bougé.
Le taux plein automatique reste acquis à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres.
Combien de trimestres faut-il pour une retraite complète ?
172 trimestres pour les générations nées à partir de 1966. Les générations 1964 et 1965 sont à 170 ou 171 trimestres depuis la suspension.
Les trimestres comptés sont ceux de tous vos régimes de base, y compris vos années de salariat à l’hôpital.
Beaucoup d’IDEL oublient que leurs années hospitalières comptent dans la durée d’assurance, même si elles ne rapportent pas de points CARPIMKO.
Comment consulter mes points CARPIMKO ?
Deux endroits.
Votre espace personnel sur le site de la CARPIMKO, qui affiche votre relevé de points régime par régime.
Et le site inter-régimes info-retraite.fr, qui agrège tous vos régimes, libéral et salarié, et propose une estimation de votre future pension.
Faites-le avant 55 ans : les anomalies de relevé de carrière se corrigent bien plus facilement quand les employeurs et les caisses ont encore les pièces.
Que se passe-t-il si je continue à exercer après la retraite ?
Le cumul emploi-retraite est possible, et il est courant chez les infirmiers libéraux.
Vous continuez à cotiser, et les nouveaux droits acquis peuvent ouvrir une seconde pension de base, plafonnée, qui n’est pas versée automatiquement : elle doit être demandée à la CARPIMKO.
Mon conjoint touchera-t-il quelque chose si je décède ?
Oui, une pension de réversion. Sur le régime de base, elle est de 54 % de votre pension, accordée à partir de 55 ans, sous conditions de ressources, sans condition de durée de mariage ni de non-remariage.
Les régimes complémentaire et ASV ont leurs propres taux et leurs propres conditions, plus favorables sur certains points. Le concubin et le partenaire de PACS ne sont pas éligibles, seul le conjoint marié l’est.
L'ASV change-t-elle vraiment beaucoup la pension ?
Oui, et c’est la variable la plus mal évaluée du système. Deux tiers de la cotisation ASV sont pris en charge par l’Assurance Maladie.
C’est le seul étage de votre retraite où quelqu’un d’autre paie la majorité de la facture, et il est conditionné à votre conventionnement.
Une IDEL déconventionnée cesse d’en acquérir. Sur une carrière complète, c’est un écart significatif, à évaluer sur votre situation précise.
Est-ce que je peux améliorer ma pension autrement qu'en travaillant plus longtemps ?
Trois leviers, dans cet ordre d’efficacité. Vérifier et corriger votre relevé de carrière, ce qui ne coûte rien.
Racheter des trimestres, mais uniquement s’ils vous font franchir un seuil de décote. Et vous constituer une épargne retraite dédiée, dont les versements sont déductibles de votre bénéfice dans les limites prévues par la loi.
Sur ce dernier point, l’écart entre un contrat correctement dimensionné et un contrat souscrit au hasard se compte en années de cotisations.
Vous savez maintenant à peu près ce que vous toucherez. La question suivante, celle qui compte, c’est ce que vous mettez en face.
On regarde votre situation, vos droits déjà acquis et votre capacité d’épargne réelle, et on vous dit ce qui est cohérent. Sans jargon, et sans vous vendre le contrat du mois.
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Gérant d’ADENOR Courtage, courtier en assurance immatriculé à l’ORIAS sous le n° 15004082, sous le contrôle de l’ACPR.
Courtier depuis 2015, spécialisé dans la protection des professionnels de santé libéraux : responsabilité civile professionnelle, prévoyance, mutuelle et retraite.
Immatriculation vérifiable sur orias.fr.