Arrêt maladie d’une infirmière libérale : combien touchez-vous ?

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Les trois premiers jours d’arrêt ne sont pas indemnisés. Du 4e au 90e jour, l’Assurance Maladie verse 1/730e de votre revenu annuel moyen des trois dernières années, soit 54,79 € par jour pour un infirmier libéral à 40 000 € de BNC, et 197,51 € par jour au maximum. À partir du 91e jour, la CARPIMKO prend le relais avec une allocation forfaitaire de 55,44 € par jour, identique pour tous les affiliés quel que soit le revenu, pendant trois ans au maximum.

Concrètement, une IDEL qui déclare 65 000 € de BNC touche environ 12 740 € sur six mois d’arrêt, contre 32 500 € de revenu sur la même période. Le calcul détaillé est plus bas.

De quel régime relève une infirmière ou un infirmier libéral ?

Les infirmières et infirmiers libéraux conventionnés relèvent du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés, le régime PAMC. C’est votre caisse primaire d’assurance maladie qui gère votre couverture maladie et qui verse vos indemnités journalières des premiers mois, pas la CARPIMKO et pas la Sécurité sociale des indépendants.

La CARPIMKO, elle, gère votre retraite CARPIMKO et votre régime invalidité-décès. Elle n’intervient qu’à partir du 91e jour d’arrêt. Cette répartition explique pourquoi un arrêt de travail se lit en trois phases, avec deux organismes différents et deux modes de calcul qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Jours 1 à 3 : le délai de carence

Le délai de carence de l’Assurance Maladie est de 3 jours. Aucune indemnité n’est versée sur cette période, et il s’applique au début de chaque nouvel arrêt.

Trois exceptions : une prolongation d’arrêt après une reprise d’activité de 48 heures maximum, un arrêt lié à une affection de longue durée (la carence n’est alors retenue que pour le premier arrêt sur une période de 3 ans), et un arrêt consécutif à une interruption spontanée de grossesse.

Jours 4 à 90 : ce que verse l'Assurance Maladie

L’indemnité journalière est égale à 1/730e de votre revenu d’activité annuel moyen, calculé sur la moyenne de vos revenus cotisés des 3 années civiles précédant l’arrêt. Pour un BNC moyen de 40 000 €, cela fait 54,79 € par jour. Pour 65 000 €, 89,04 € par jour.

Deux plafonds s’appliquent. La moyenne de vos revenus est retenue dans la limite de 3 fois le plafond annuel de la sécurité sociale, soit 144 180 € en 2026, et l’indemnité journalière ne peut pas dépasser 197,51 € bruts.

Une condition bloque beaucoup de dossiers : il faut justifier d’au moins 12 mois d’affiliation continus au titre de votre activité. La durée totale de l’arrêt indemnisé par la CPAM ne peut pas dépasser 90 jours, soit 87 jours effectivement indemnisés une fois la carence déduite.

À partir du 91e jour : le relais de la CARPIMKO

Les allocations journalières de la CARPIMKO démarrent au 91e jour, après un délai de carence de 90 jours d’arrêt total de travail, et sont versées au plus tard jusqu’au dernier jour de la 3e année d’incapacité. Le montant est forfaitaire : 55,44 € par jour au 1er janvier 2026, quel que soit votre revenu. Il peut être majoré de 8,06 € par jour et par descendant à charge, et de 20,16 € par jour en cas de recours à une tierce personne.

Deux points que presque personne ne mentionne, et qui font perdre les droits :

Votre arrêt de travail CPAM n’est pas transmis automatiquement à la CARPIMKO. Vous devez faire la demande vous-même, dans les 6 mois maximum à compter du 1er jour de votre arrêt initial. Passé ce délai, les droits ne s’ouvrent pas.

Vous devez être à jour de toutes vos cotisations CARPIMKO. Un délai de paiement en cours, même avec prélèvement automatique, ou une mise en demeure non réglée en totalité, suffisent à bloquer l’indemnisation. Le versement ne reprend qu’au premier jour du mois suivant le règlement complet de la dette.

Au-delà de la 3e année, l’allocation journalière s’arrête et la rente d’invalidité peut prendre le relais, à compter du 1er jour de la 4e année suivant l’incapacité reconnue.

Phase À partir de Qui verse Montant 2026 Durée maximale
Carence Jour 1 Personne 0 € 3 jours
Indemnisation CPAM Jour 4 Assurance Maladie 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonné à 197,51 €/jour Jusqu'au 90e jour, soit 87 jours indemnisés
Relais CARPIMKO Jour 91 CARPIMKO 55,44 €/jour forfaitaires, quel que soit le revenu Dernier jour de la 3e année d'incapacité
Rente d'invalidité 1er jour de la 4e année CARPIMKO Rente forfaitaire, sous conditions d'incapacité professionnelle et de revenus Selon décision du médecin-conseil

Montants bruts. Les indemnités journalières supportent la CSG à 6,2 % et la CRDS à 0,5 %, et sont soumises à l'impôt sur le revenu sauf arrêt lié à une ALD exonérante. Sources : ameli.fr, indemnités journalières du professionnel libéral et carpimko.com, en cas d'incapacité ou d'invalidité. Valeurs en vigueur au 1er janvier 2026, vérifiées le 16 août 2026.

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Manque à gagner : ce que vous perdez sur six mois d'arrêt

Les montants ci-dessus ne disent rien tant qu’on ne les met pas en face de ce que vous gagnez habituellement. Voici le calcul complet, mois par mois, sur les six premiers mois d’un arrêt continu, pour deux niveaux de revenu courants chez les infirmiers et infirmières libérales.

Mois d'arrêt Qui verse Profil A
BNC 40 000 €
Profil B
BNC 65 000 €
Mois 1 (3 j. de carence + 27 j.) CPAM 1 479 € 2 404 €
Mois 2 CPAM 1 644 € 2 671 €
Mois 3 CPAM 1 644 € 2 671 €
Mois 4 CARPIMKO 1 663 € 1 663 €
Mois 5 CARPIMKO 1 663 € 1 663 €
Mois 6 CARPIMKO 1 663 € 1 663 €
Total perçu sur 6 mois 9 756 € 12 736 €
Revenu habituel sur 6 mois 20 000 € 32 500 €
Manque à gagner 10 244 € (51 %) 19 764 € (61 %)

Méthode de calcul. Mois de 30 jours. Arrêt continu débutant au jour 1, sans reprise. Indemnité journalière CPAM égale à 1/730e du BNC moyen des trois dernières années, soit 54,79 €/jour pour le profil A et 89,04 €/jour pour le profil B. Trois jours de carence non indemnisés au mois 1, puis 27 jours indemnisés. Indemnité CARPIMKO de 55,44 €/jour à partir du jour 91, sans majoration pour charge de famille. Revenu habituel calculé sur la moitié du BNC annuel. Montants bruts, avant CSG, CRDS et impôt sur le revenu : comptez environ 6,7 % de prélèvements sociaux en moins sur les sommes perçues. Le plafond annuel de la sécurité sociale retenu est celui fixé par l’arrêté du 22 décembre 2025, soit 48 060 €.

Le point à retenir n’est pas le total, c’est la marche du 91e jour. Le profil B passe de 2 671 € à 1 663 € par mois d’un coup, sans que rien ne change dans sa situation médicale. Et la mécanique est contre-intuitive : plus votre revenu est élevé, plus la chute est brutale, parce que l’allocation CARPIMKO est forfaitaire. Une IDEL à 90 000 € de BNC touche exactement la même chose au 91e jour qu’une remplaçante à 25 000 €. La même logique s’applique à votre retraite : un régime forfaitaire qui ignore votre niveau d’activité réel.

Reste trois situations où il ne tombe rien du tout, ou presque.

La première année d'installation , le trou le plus large

Pour toucher les indemnités journalières de l’Assurance Maladie, il faut justifier d’au moins 12 mois d’affiliation continus au titre de votre activité. Un infirmier qui vient de s’installer en libéral en mars et qui s’arrête en octobre ne remplit pas cette condition. Il ne touche rien du jour 1 au jour 90, et devra attendre le 91e jour pour percevoir les 55,44 € journaliers de la CARPIMKO, à condition d’être à jour de ses cotisations et d’avoir fait la demande dans les 6 mois.

Une nuance existe et vaut la peine d’être vérifiée auprès de votre CPAM : si vous sortez d’un poste salarié, votre arrêt peut être indemnisable au titre du maintien de droits de votre activité précédente. C’est du cas par cas, mais beaucoup d’IDEL fraîchement installées ignorent que cette porte existe.

L'invalidité en dessous de 66 %, où rien n'est versé

La rente d’invalidité de la CARPIMKO ne s’ouvre qu’en cas d’incapacité professionnelle totale, ou d’incapacité professionnelle partielle égale ou supérieure à 66 %, et dans ce dernier cas à condition que vos revenus professionnels restent sous un plafond fixé par le Conseil d’administration de la caisse (statuts du régime invalidité-décès de la CARPIMKO). En dessous de 66 % d’incapacité professionnelle, le régime obligatoire ne verse rien.

Une épaule qui ne supporte plus les transferts, un dos qui limite les tournées à quatre heures par jour, un canal carpien opéré deux fois : ce sont des situations qui détruisent un chiffre d’affaires sans jamais atteindre 66 % d’incapacité professionnelle. C’est le trou le plus large du régime obligatoire, et c’est celui dont on parle le moins.

Les charges du cabinet, qui ne s'arrêtent pas

Le BNC utilisé plus haut, c’est ce qui reste après charges. Pendant un arrêt, les recettes tombent à zéro mais les dépenses continuent : loyer ou part de loyer du cabinet, leasing ou crédit du véhicule, assurance et carburant, logiciel de télétransmission, honoraires de l’expert-comptable, votre responsabilité civile professionnelle, cotisation ordinale.

Côté cotisations sociales, l’exonération existe mais elle arrive tard. La CARPIMKO n’exonère les cotisations de retraite de base et de retraite complémentaire que si l’incapacité professionnelle atteint au moins 6 mois dans l’année, consécutifs ou non. En dessous de 6 mois d’arrêt, vous restez redevable de l’intégralité des cotisations. Et même au-delà de 6 mois, l’ASV et la cotisation invalidité-décès de 1 022 € restent dues (source CARPIMKO).

Autrement dit, sur un arrêt de quatre ou cinq mois, vous encaissez moins de la moitié de votre revenu et vous payez la totalité de vos charges sociales.

Comment couvrir le trou

Un contrat de prévoyance individuelle, qui s’articule avec l’ensemble de vos assurances d’infirmière libérale, sert à faire trois choses que le régime obligatoire ne fait pas : verser une indemnité journalière complémentaire dès les premiers jours d’arrêt, couvrir l’invalidité en dessous du seuil de 66 % de la CARPIMKO, et prendre en charge les frais professionnels qui continuent de courir pendant l’arrêt. La franchise est le paramètre qui décide de tout. C’est le nombre de jours d’arrêt à partir duquel l’assureur commence à verser. Une franchise de 90 jours ne sert quasiment à rien à une IDEL, puisque c’est précisément au 91e jour que la CARPIMKO prend le relais : vous payez une cotisation pour couvrir une période qui l’est déjà. Une franchise de 3 ou 15 jours coûte plus cher mais comble le trou réel, celui des premières semaines et celui de la première année d’installation. Les cinq points à regarder avant de signer :
  • La franchise, en distinguant maladie, accident et hospitalisation. Beaucoup de contrats affichent une franchise courte en hospitalisation et une franchise longue en maladie, ce qui n’est pas la même promesse.
  • La définition de l’incapacité retenue. Un contrat qui indemnise l’incapacité à exercer votre profession d’infirmier n’a rien à voir avec un contrat qui indemnise l’incapacité à exercer une profession quelconque. Sur un métier physique, l’écart est décisif.
  • Le barème d’invalidité, professionnel ou fonctionnel, et le seuil d’entrée en indemnisation.
  • La garantie frais professionnels, qui couvre les charges fixes du cabinet, et son plafond.
  • Les exclusions, notamment sur le rachat des affections dorsales et psychologiques. Ce sont les deux premiers motifs d’arrêt long chez les IDEL, et ce sont aussi les deux exclusions les plus fréquentes des contrats génériques.
Les niveaux de cotisation dépendent de l’âge, du revenu à garantir, de la franchise et des options retenues.

Questions fréquentes

Combien de jours de carence pour une infirmière libérale ?

Trois jours. L’indemnité journalière de l’Assurance Maladie est due à compter du 4e jour d’arrêt. La carence s’applique au début de chaque nouvel arrêt, sauf en cas de prolongation après une reprise de 48 heures maximum, d’affection de longue durée, ou d’arrêt consécutif à une interruption spontanée de grossesse. Côté CARPIMKO, la carence est de 90 jours : l’allocation ne démarre qu’au 91e jour.

Oui, dans tous les cas. L’arrêt doit être prescrit par un médecin ayant constaté votre incapacité à poursuivre votre activité, et vous devez avoir effectivement cessé de travailler. Vous disposez de 48 heures pour transmettre l’avis d’arrêt à votre CPAM, quelle que soit la durée prescrite. Depuis le 1er juillet 2025, si l’arrêt est établi sur papier, seul le formulaire Cerfa sécurisé est accepté : votre caisse refuse les scans et les photocopies.

Les mêmes règles s’appliquent : régime PAMC pour les 90 premiers jours, CARPIMKO ensuite, avec les mêmes conditions de 12 mois d’affiliation continus et de cotisations à jour. La différence est dans le montant. L’indemnité de l’Assurance Maladie étant calculée sur 1/730e du revenu moyen des trois dernières années, une remplaçante à faible volume touche mécaniquement peu. Et l’allocation CARPIMKO du 91e jour est forfaitaire, donc identique à celle d’une titulaire.

La CARPIMKO prévoit deux cas de figure. En reprise d’activité à des fins thérapeutiques, l’allocation reste à 55,44 € par jour pendant 3 mois, puis passe à 27,72 € par jour pendant 6 mois maximum. En reprise d’une activité partielle, l’allocation est de 27,72 € par jour. Dans les deux cas, c’est le médecin-conseil de la caisse qui valide.

Non, le congé maternité relève d’un dispositif distinct, avec ses propres prestations et ses propres règles, et ne se calcule pas comme un arrêt maladie. En revanche, une grossesse pathologique ou à risque peut ouvrir droit à une prise en charge spécifique de la CARPIMKO, sur avis du médecin-conseil. Les deux sujets se traitent séparément de votre arrêt de travail classique.

C’est à vous de le faire : votre arrêt de travail CPAM n’est pas transmis automatiquement à la CARPIMKO. La demande doit être déposée dans les 6 mois maximum à compter du 1er jour de votre arrêt initial. Passé ce délai, les droits ne s’ouvrent pas. Il faut par ailleurs être à jour de la totalité de vos cotisations : un délai de paiement en cours ou une mise en demeure non soldée suffisent à bloquer le versement, qui ne reprendra qu’au premier jour du mois suivant le règlement complet.

L’allocation journalière de la CARPIMKO s’arrête au plus tard le dernier jour de la 3e année d’incapacité. La rente d’invalidité peut alors prendre le relais, à compter du 1er jour de la 4e année suivant l’incapacité médicalement reconnue. Elle suppose une incapacité professionnelle totale, ou une incapacité partielle d’au moins 66 % assortie d’une condition de plafond de revenus. En dessous de ce seuil, rien n’est prévu.

Vous voulez savoir ce que couvrirait un contrat dans votre situation, avec votre niveau de revenu et vos charges de cabinet ? Un échange de quinze minutes suffit à poser les chiffres.
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